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Quand un enfant du divorce refuse de voir l’un de ses parents ?

lundi 12 octobre 2015, par Easy Tribu

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Parfois, les enfants de parents divorcés expriment leur souhait de ne plus voir un de leur parent. Quelles sont les raisons ? Est-ce normal ? Faut-il laisser faire ? Que dit la loi ?
Nous avions rencontré des enfants qui nous avaient parlé de leurs difficultés à vivre en famille recomposée, aujourd’hui nous avons interviewé des enfants , qui ont décidé, un jour, d’arrêter de voir leur père ou leur mère, après un divorce.
L’absence, le manque d’amour, la manière de vivre, la violence, la déception, les raisons sont multiples. Elles nous confrontent à la réalité d’un divorce pour un enfant, et posent à nouveau la question de "l’intérêt de l’enfant", cette notion qu’il serait temps de mieux définir, pour les parents, pour la justice.

Mon père n’était jamais là quand j’allais chez lui

"A 13 ans, j’ai souhaité arrêter de me rendre chez mon père un week-end sur deux. Je ne le voyais pratiquement jamais, le week-end il sortait avec ses copains et pendant les vacances il travaillait tout le temps. J’ai mis beaucoup de temps à oser lui demander de cesser les visites, j’avais peur de le blesser. Mais le jour où j’ai dit stop, ce fut un soulagement pour moi, se souvient Carine. Un an après, elle n’éprouve pas de manque, elle sait qu’elle peut le voir si elle le souhaite, mais n’en a juste pas envie pour le moment."

Certains enfants du divorce deviennent de simples spectateurs de la nouvelle vie de leur parent. Nous rencontrons beaucoup d’enfants qui se plaignent de l’absence de leur parents lors du droit de visite. Ils attendent du partage, des échanges, de l’amour, et ils ont l’impression de passer derrière le travail, les amis, les loisirs. Petits, ils prendront ce qu’on leur donne, mais au début de l’adolescence, ils commenceront à réagir, parfois en prenant de la distance.

Je ne me sentais pas chez moi quand j’étais chez ma mère

"Ma mère a quitté mon père il y a 6 ans, et s’est installée chez un homme. Lors du divorce, il a été convenu que je résiderai chez mon père, pour m’éviter de déménager. J’ai donc commencé à rejoindre ma mère un week-end sur deux et la moitié des vacances. Dés le début, j’ai eu beaucoup de mal à me sentir bien chez ma mère. Je dormais dans une chambre d’invité, ma valise au pied du lit. Je m’adaptais à leur nouvelle forme de vie, sans avoir un mot à dire, sans que l’on me pose la moindre question sur ce que je souhaitais faire. J’attendais que le temps passe, et je trouvais que le temps passait trop lentement. A 11 ans, j’ai commencé à espacer les visites, trouvant à chaque fois un nouveau prétexte. Jusqu’au jour où j’ai cessé de me rendre chez ma mère, sans qu’il n’y ait eu aucune discussion, comme si c’était normal. J’ai l’impression qu’il n’y a pas de place pour moi dans sa nouvelle vie et son manque de réaction me le confirme encore aujourd’hui", témoigne Clara, 14 ans

Lorsqu’il y a une séparation des parents, l’enfant doit apprendre à vivre dans ses deux foyers. Trouver ses nouveaux repères, sa nouvelle place, comprendre son environnement, les missions sont nombreuses pour trouver un nouvel équilibre chez chaque parent. Se sentir "l’enfant du foyer" est extrêmement important et pour cela nous rappelons souvent qu’il y a des étapes à respecter : l’enfant doit pouvoir personnaliser une partie de son environnement, trouver de l’intimité, participer aux projets du foyer, donner son avis, ressentir de l’équité entre lui et les autres enfants du foyer ..... Nous vous invitons à découvrir deux articles qui se concentrent particulièrement sur la manière de prendre en considération un enfant dans un foyer recomposée : loger une famille recomposée dans un petit espace, résussir vos vacances en famille recomposée : misez sur la préparation.

J’avais besoin d’un cadre, je le trouvais chez mon père

" A 12 ans, après le divorce de mes parents, je vivais chez ma mère, et je voyais mon père un week-end sur deux. se souvient Aurélie.Chez ma mère, c’était la liberté totale. Il n’y avait pas d’horaires, pas de contraintes, on mangeait quand on voulait, on se couchait quand on voulait, on passait son temps à s’amuser, à faire n’importe quoi. Quand j’allais chez mon père, je vivais l’inverse, un cadre précis sur tout. A 13 ans, après avoir passé une année de sixième catastrophique, j’ai proposé de passer 1 an chez mon père. J’ai 16 ans aujourd’hui, et je suis encore chez mon père. J’ai cessé de voir ma mère, parce-que je ne supportais plus son mode de vie"

Lorsque l’on vit avec ses deux parents, on constate souvent des différences de caractère, avec un genre de consensus sur la manière de vivre. Dés lors qu’ils se séparent, la nature de chacun reprend sa place, et les consensus de la veille n’existent plus.
L’enfant s’adapte au nouveau mode de vie de chaque parent, perd ses repères, et en découvre des nouveaux. Il arrive que ses besoins, que sa personnalité, l’amène à choisir un mode de vie plutôt qu’un autre.

Je ne m’entendais pas du tout avec ma belle-mère

"A chaque fois que j’allais chez mon père, c’était l’enfer, raconte Martin. Je n’appréciais pas du tout ma belle-mère, qui faisait tout pour me séparer de mon père. Elle passait son temps à me crier dessus. Au début, mon père et elle se disputaient tout le temps, je pense que c’était à cause de moi. Puis, j’ai l’impression que mon père à cesser de se battre pour moi. Ma belle-mère était toujours sur mon dos, mon père ne disait jamais rien, alors un jour, j’ai dis que je ne voulais plus aller chez lui. Sa réponse à été "fais comme tu veux".

Est-ce qu’un parent change avec l’arrivée d’une belle-mère ou d’un beau-père ? C’est une question qu’ils sont nombreux à se poser. Un beau-père trop autoritaire, une belle-mère jalouse, et les visites d’un enfant peuvent devenir insupportables.
On aurait envie de dire aux parents " vous avez la responsabilité de la relation avec votre enfant " ; on aurait envie de dire aux beaux-parents :"ce n’est pas facile d’accepter l’enfant de son conjoint mais ce n’est qu’un enfant, qui cherche l’amour, la considération, la sécurité."
Malheureusement, il y a de nombreux malentendus dans les histoires de recompositions familiales.

Mon père était violent

"Mon père a toujours été violent et mes parents se sont séparés à cause de cette violence. Il avait la main leste et la parole destructrice, me traitant de bon à rien dés qu’il avait un peu bu, témoigne David. Je me souviens de ces soirées où l’alcool le rendait très impulsif, et où je m’enfermais dans ma chambre pour éviter de croiser son regard. Le juge avait imposé un droit de visite et d’hébergement malgré les tentatives de ma mère pour l’en empêcher et je vivais au rythme de cette violence, ponctuée par des moments de tendresse. Ma mère a eu peur, et a décidé de déménager à l’autre bout de la France, pour me protéger. La distance a permis d’éloigner les visites et aujourd’hui je ne vois plus mon père.".

Il y a cette violence physique et psychologique, destructrice mais pas assez forte pour empêcher un parent de voir son enfant. Un enfant peut bien entendu saisir le juge en cas de maltraitance, mais encore faut-il qu’il ose.

Ma mère a tout fait pour que je refuse de voir mon père

"Le divorce de mes parents s’est très mal passé. Ma mère, très en colère, a passé son temps à me dire tout le mal qu’elle pensait de mon père, que tout était de sa faute et qu’il ne fallait pas que je le vois. Assez naturellement je me suis mis à détester ce père que je connaissais peu. Dix ans après, je me rends compte que je ne le connais pas. Je n’ai pas de sentiment pour lui, si ce n’est la certitude qu’il ne s’est pas battu pour moi, pour me démontrer que ma mère avait tort."

Est-ce que la manipulation, l’aliénation parentale existent ? On ne peut pas nier que des enfants se braquent contre leur parent, parfois par loyauté pour leur autre parent. A force d’entendre que mon père est un "connard", je pense que mon père est un "connard", surtout s’il a fait souffrir ma mère. Ce serait certainement difficile de lutter contre un "lavage de cerveau", mais il n’appartient qu’à chaque parent de rétablir la vérité pour son enfant, et parfois, il s’agit d’un véritable combat.

Que dit la loi ? Un enfant a-t-il le droit de refuser de voir son parent ?

La réponse est non. Un enfant ne peut pas décider de ne plus voir son père ou sa mère et d’aller contre une décision de justice.
Il peut, en revanche, être entendu par un juge lorsque les parents sont en conflits sur la question de la garde. Mais être entendu par un juge, ne veut pas dire être suivi par un juge, quand ce dernier considère que l’enfant n’agit pas dans son propre intérêt.

Il est certainement temps de comprendre que l’enfant n’est pas la propriété d’un parent et qu’il ne se partage pas comme on partage un patrimoine au nom de l’exercice commun d’autorité parentale.
Mais pour cela, il serait temps de mieux définir "l’intérêt général de l’enfant", qui est l’élément décisif qui doit influencer chaque parent, mais aussi chaque juge qui devra prendre une décision.
Faut-il suivre l’enfant qui ne souhaite plus voir son parent ? Dans tous les cas il faut l’écouter, essayer de s’adapter à ses besoins exprimés (c’est une chance quand il arrive à les exprimer), et souvent le suivre dans ses décisions (cela n’empêche pas de (re)reconstruire le futur avec lui).

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